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Quand Dieu Joue à Être le Monde : Une Réconciliation Entre Science et Spiritualité

L’énigme qui hante notre civilisation

Nous vivons une époque étrange, marquée par une fracture profonde au cœur même de notre compréhension de la réalité. D’un côté, la science moderne nous offre une vision matérialiste d’un univers mécanique, gouverné par des lois physiques implacables, où la conscience émerge mystérieusement de la complexité neuronale. De l’autre, les traditions spirituelles parlent d’une Réalité ultime non physique, d’une âme immortelle, d’un Divin qui transcende la matière. Entre ces deux visions, un gouffre s’est creusé, si large que beaucoup ont renoncé à le franchir.

Cette division n’est pas qu’intellectuelle. Elle se manifeste dans notre expérience quotidienne comme une profonde désorientation existentielle. Sommes-nous des machines biologiques condamnées à l’absurde, ou des êtres spirituels en exil temporaire dans la matière ? Cette question n’est pas académique : elle détermine le sens même que nous donnons à notre vie, à notre souffrance, à nos aspirations les plus profondes.

Ce que j’ai à coeur de vous proposer d’explorer ici, c’est une manière que j’espère radicalement différente, ou à tout le moins intégrative, de comprendre la nature même de ce que nous appelons « réalité ». Une perspective qui pourrait bien réconcilier ces deux visions apparemment contradictoires, non pas en choisissant l’une contre l’autre, mais en révélant comment elles peuvent être deux facettes d’une même Vérité.

Le paradigme Psycelium du « Jeu de la Vie » : quand l’Un devient Multiple

Dans les traditions orientales existe un concept fascinant : celui de Lila, le Jeu cosmique. Le mot sanskrit évoque à la fois le jeu, la danse, le divertissement spontané. Mais il ne s’agit pas d’un simple jeu de société. La Lila désigne l’activité créatrice du Divin lui-même, cette pulsion mystérieuse par laquelle l’Absolu sans forme choisit de se manifester sous forme de multiplicité, de devenir ce monde aux innombrables visages.

J’appelle cette compréhension le paradigme du Jeu de la Vie, ou encore paradigme Psycelium. Ce dernier terme fusionne psyché (l’âme, la conscience) et mycelium (ce réseau fongique invisible qui interconnecte toute une forêt). Psycelium capture précisément la nature de ce qui est décrit ici : nous sommes comme les filaments – les hyphes – d’un vaste réseau de conscience, apparemment séparés en surface, mais profondément interconnectés dans les dimensions non physiques de notre être. Tout comme le mycélium sous la forêt permet aux arbres de communiquer et de partager leurs ressources, le Psycelium désigne ce réseau de relations conscientes entre individus non physiques qui constitue le substrat même de la réalité.

Comme le disait magnifiquement Rumi :

« Les lampes sont différentes, mais la Lumière est la même. Un seul Être, une seule Énergie, une seule Lumière, un seul Esprit-Lumière, émanant sans fin toutes choses. »

Cette intuition poétique décrit exactement ce que le paradigme Psycelium propose de comprendre : nous sommes les multiples lampes à travers lesquelles brille l’unique Lumière divine.

Ce paradigme repose sur une intuition à simple mais vertigineuse si nous la contemplons dans toutes ses ramifications : et si la réalité physique n’était pas séparée du Divin, mais constituait sa propre auto-manifestation ? Et si ce que nous appelons « matière » n’était qu’une apparence, la façon dont le non-physique choisit de se révéler à lui-même ?

Le texte du Paśupata Sūtram l’exprime avec une clarté étonnante : « Dieu est manifesté comme cet univers créé et ne se manifeste pas autrement. » Autrement dit, l’univers physique n’est pas une création extérieure à Dieu, comme un potier façonnerait une cruche, mais la transfiguration même du Divin. Dieu ne crée pas le monde : il devient le monde, tout en restant Dieu.

Cette vision présente un avantage considérable : elle permet de conserver l’intuition spirituelle selon laquelle la conscience et la liberté sont fondamentales, tout en reconnaissant la validité des découvertes scientifiques sur le monde physique. Car si le monde physique est l’apparence que prend le non-physique, alors la science étudie effectivement quelque chose de réel – simplement, elle ne perçoit qu’une dimension de cette réalité.

Le terme Psycelium lui-même nous rappelle cette vérité : comme un mycélium qui n’est ni purement un ni purement multiple, nous formons un réseau vivant d’individualités interconnectées. Le Jeu de la Vie n’est pas celui d’un joueur solitaire, mais d’innombrables centres de conscience jouant ensemble, créant ainsi la symphonie que nous appelons la vie, la réalité, le cosmos.

Trois illusions qui nous égarent

Pour comprendre comment nous en sommes venus à cette séparation tragique entre science et spiritualité, entre matière et esprit, entre vie extérieure et vie intérieure, il faut identifier les erreurs progressives qui se sont insinuées dans notre compréhension, tant du côté religieux que scientifique. Ces erreurs ne sont pas des fautes morales, mais des glissements conceptuels qui, avec le temps, ont fini par obscurcir une vérité autrefois évidente.

Première illusion : l’identification au corps

Commençons par la plus fondamentale, celle qui conditionne toutes les autres (et que nous explorons notamment à l’occasion de nos séminaires intensifs « Qui suis-je ? ») : qui êtes-vous vraiment ? Si je vous pose cette question, la plupart d’entre vous pointeraient leur corps, ou évoqueraient leur nom, leur profession, leur histoire ou quelques caractéristiques en lien avec leur personnalité. Nous avons fini par croire que nous sommes ce corps humain, cette enveloppe de chair et d’os qui naît, vieillit et meurt.

Cette identification est si profonde qu’elle semble aller de soi. La science moderne l’a renforcée en réduisant la conscience à un épiphénomène neuronal : vous n’êtes rien d’autre que votre cerveau, disent les neurosciences matérialistes. Quand le cerveau s’éteint, vous cessez d’exister. Point final.

Mais prenez un instant pour examiner votre expérience directe. En ce moment même, pendant que vous lisez ces mots, qui lit ? Qui est conscient de ces lettres noires sur fond blanc ? Ce n’est pas votre œil qui lit – l’œil n’est qu’un instrument optique. Ce n’est pas votre cerveau qui comprend – le cerveau traite de l’information, mais qui fait l’expérience de cette compréhension ?

Le « problème dur de la conscience (« hard problem of consciousness ») désigne le point aveugle irréductible de toute approche objectivante de l’esprit : on peut expliquer les mécanismes neuronaux, les corrélats cérébraux, les fonctions cognitives, mais jamais rendre compte du fait même qu’il y ait une expérience vécue — une sensation, une couleur, une douleur, une présence. Le problème n’est pas technique, il est principiel : la conscience est toujours le sujet de l’expérience, jamais son objet. Toute tentative de la saisir depuis l’extérieur la manque nécessairement, car elle est précisément ce par quoi quelque chose apparaît. Comme l’a formulé David Chalmers, il y a un gouffre explicatif entre les descriptions physiques et le vécu subjectif lui-même — ce what it is like irréductible — qui fait de la conscience non pas un phénomène parmi d’autres, mais la condition même de toute phénoménalité (The Conscious Mind, 1996).

Il y a en vous une présence consciente, un témoin silencieux qui précède toute identification. Cette présence est ce que les traditions spirituelles appellent l’âme, l’esprit, l’âtman, le Soi. Mais plutôt que d’utiliser ces termes chargés de connotations religieuses, le paradigme Psycelium propose un concept plus précis : vous êtes un holon conscient.

Le terme holon, créé par le philosophe Arthur Koestler, désigne une entité qui est simultanément un tout complet en elle-même ET une partie d’un tout plus vaste. L’hologramme exprime la même logique, mais sur un mode optique et informationnel : chaque fragment d’un hologramme contient l’information de l’image entière, même si cette image devient moins précise quand on ne dispose que d’une partie. La totalité n’est donc pas localisée en un point ; elle est distribuée. Vous êtes à la fois une unité autonome de conscience – un centre d’expérience doué de liberté – et une facette du grand Tout. Vous n’êtes ni purement individuel ni purement dissous dans l’Universel : vous êtes les deux à la fois.

Cette nature holonique résout un paradoxe ancien. Comment pouvons-nous être à la fois des individus distincts et des expressions de l’Un ? Parce que c’est précisément ce qu’est un holon : une entité qui maintient son intégrité tout en participant d’une réalité plus vaste. Comme une cellule dans un organisme : elle est un tout vivant complet, avec sa propre membrane et son propre fonctionnement, tout en étant simultanément une partie intégrale de l’organisme.

Imaginez un projecteur de cinéma. Le projecteur n’est pas le film, n’est-ce pas ? De même, vous n’êtes pas ce corps-personnalité qui apparaît dans le théâtre de votre conscience. Vous êtes un holon conscient – à la fois la lumière qui permet à cette apparence d’être perçue, et un rayon unique de la Lumière universelle. Le corps peut être malade, vieillir, changer constamment, mais le holon qui observe et contient tous ces changements transcende ces limitations.

Lorsque la tradition judéo-chrétienne parle de l’homme créé « à l’image de Dieu », elle ne parle évidemment pas de ressemblance physique. Elle évoque cette nature holonique qui est notre essence même : nous sommes des holons conscients, des centres d’expérience doués de liberté, reflétant la structure même du Divin à la fois Un et Multiple.

Jésus le dit explicitement dans l’Évangile de Jean : « Vous êtes tous des dieux », citant le Psaume 82. Cette déclaration scandaleuse prend tout son sens quand on comprend qu’elle ne parle pas de divinisation au sens d’acquisition de pouvoirs surnaturels, mais de reconnaissance de notre nature holonique : nous sommes les holons de la Conscience divine elle-même, chacun étant à la fois un tout complet et une partie du Tout infini.

Deuxième illusion : l’unité sans multiplicité

Les religions monothéistes ont progressivement insisté sur l’unicité absolue de Dieu, souvent en réaction au polythéisme ambiant. « Écoute Israël, l’Éternel notre Dieu est UN » – cette proclamation fondamentale a fini par occulter un aspect tout aussi essentiel : la multiplicité divine.

De même le Coran affirme l’unicité de Dieu de manière centrale, radicale et répétée. Cette unicité s’exprime par le concept fondamental de tawḥīd (توحيد), qui signifie l’affirmation de l’Unicité absolue de Dieu. Elle se décline en plusieurs niveaux complémentaires et nie toute multiplicité en Dieu, toute filiation (biologique ou métaphysique), toute ressemblance ou équivalence.

Pourtant, dès le premier verset de la Genèse, le texte hébreu utilise le mot Elohim pour désigner Dieu – un terme grammaticalement pluriel, là où El aurait suffi pour exprimer le singulier. Et même dans le Coran, Dieu parle parfois de Lui-même au pluriel grammatical : « Nous avons certes créé l’homme… » (Coran 23:12) ou « Nous avons fait descendre le Rappel. » (Coran 15:9).

Ce n’est pas une erreur de grammaire, mais une indication discrète rappelant subtilement que Dieu est à la fois Un et Multiple.

Cette apparente contradiction se résout dès que l’on comprend que l’Unité divine n’est pas une unité arithmétique — un individu solitaire, fermé sur lui-même — mais une unité organique, vivante, relationnelle. Non pas un contre le multiple, mais l’Un comme principe du multiple.

On peut penser à un orchestre symphonique : une seule musique émerge, identifiable, cohérente, mais cette musique n’existe qu’à travers la pluralité des instruments qui la composent. Supprimez les musiciens, il ne reste pas une musique plus pure ou plus essentielle — il ne reste rien. L’unité n’est pas au-dessus du multiple : elle advient par lui.

Le mycélium, d’où procède précisément l’inspiration de Psycelium, offre une image encore plus précise. Le réseau souterrain de filaments — les hyphes — constitue le véritable organisme du champignon. Invisible, étendu, continu, il est une seule entité vivante, mais partout différenciée, ramifiée, plurielle dans ses points d’activité. Ce que nous appelons communément « le champignon », la partie émergée, n’est que le sporophore : une structure temporaire, localisée, dont la fonction est la production et la dispersion des spores. Le sporophore n’est pas autre chose que le mycélium ; il en est une modalité d’expression, un surgissement ponctuel, une manifestation.

Il en va de même pour Dieu et le monde.

Dieu-en-tant-qu’Un désigne le Pouvoir unique, la Conscience non duelle qui sous-tend toute existence — le mycélium vivant de l’Être.

Dieu-en-tant-que-Multiple désigne les innombrables centres individuels de cette conscience, les points d’émergence par lesquels l’Un se rend sensible, agissant, relationnel — les sporophores de l’Absolu.

Nous ne sommes pas séparés de Dieu, pas plus que le sporophore n’est séparé du mycélium. Nous sommes les modes d’être de Dieu, les points de vue et manières dont l’Un choisit de se déployer comme Multiple. Non pas des créatures extérieures à Lui, mais des expressions intérieures de sa vie.

Cette compréhension dissout un problème théologique classique : comment un Dieu parfait, complet et autosuffisant pourrait-il créer un monde ? Pourquoi créer, s’il ne manque de rien ? La question se dissout d’elle-même lorsque l’on cesse de penser la création comme un acte externe. La création n’est pas une fabrication ; elle est un auto-déploiement. Dieu ne crée pas autre chose que Lui : Il se différencie sans se diviser. C’est la Līlā, le Jeu divin — l’Un qui joue à être le Multiple sans jamais cesser d’être Un.

Dans cette perspective, la phrase de la Genèse — « Faisons l’homme à notre image » — prend une profondeur nouvelle. Ce pluriel n’est pas une simple majesté rhétorique ni un accident grammatical. Il exprime la reconnaissance implicite d’une multiplicité interne à l’Un, d’une pluralité de centres non physiques participant ensemble à l’émergence d’une forme commune. Nous — les multiples — façonnons ensemble cette manifestation singulière qu’est l’humanité, comme le mycélium fait surgir ici ou là un corps fructifère, sans jamais cesser d’être un.

Troisième illusion : la séparation entre Dieu et le monde

La troisième erreur découle logiquement des deux premières : si nous nous identifions au corps, et si Dieu est conçu comme radicalement Autre, alors le monde physique devient une réalité autonome, séparée du Divin.

C’est devenu l’axiome fondamental de la science moderne : seule la matière existe, et elle se suffit à elle-même. L’univers physique est considéré comme la réalité primordiale, dont tout le reste – vie, conscience, pensée, et même nos idées sur Dieu – serait dérivé. Le matérialisme philosophique en découle naturellement : Dieu n’est qu’une construction mentale, un concept utile peut-être, mais certainement pas une réalité fondamentale.

Même les croyants ont fini par accepter cette séparation. Dieu est « au ciel », le monde est « ici-bas ». Dieu a créé le monde « au commencement », puis le monde continue d’exister de façon autonome, avec ses propres lois physiques. Dieu devient alors une hypothèse de plus en plus inutile pour expliquer les phénomènes naturels – ce que la science appelle parfois « le Dieu bouche-trou ».

Mais que se passe-t-il si nous inversons radicalement cette perspective ? Si, au lieu de considérer la matière comme fondamentale et la conscience comme dérivée, nous reconnaissons que les individus non physiques constituent la base ontologique de toute réalité ?

C’est exactement ce que propose le paradigme Psycelium : nous, les individus holoniques non physiques, sommes la base du monde physique, et non l’inverse. Le monde physique n’existe pas de manière autonome – il est l’apparence que nous, êtres conscients et libres, choisissons de prendre.

Cela signifie que lorsque vous regardez un arbre, vous ne voyez pas un objet matériel indépendant. Vous voyez l’apparence physique qu’ont choisie d’adopter d’innombrables individus non physiques dans leur interaction mutuelle. L’arbre est Dieu-jouant-à-être-un-arbre, exactement comme vous êtes Dieu-jouant-à-être-vous.

Le mécanisme de la création : du holon à l’apparence

Mais comment cela fonctionne-t-il concrètement ? Comment des holons conscients peuvent-ils produire l’apparence d’un univers physique régi par des lois mathématiques précises ? C’est ici que le paradigme du Jeu de la Vie révèle son génie.

Le point de départ est simple et indubitable : en tant que holon conscient, vous possédez le Pouvoir de choisir. Ce n’est pas une théorie, c’est une évidence que vous pouvez vérifier à chaque instant. Vous pouvez choisir de lever votre bras ou non. Vous pouvez choisir de continuer à lire ou de fermer cette page. Cette capacité de choix libre ne peut appartenir qu’à un holon conscient transcendant la matière, car les objets physiques, eux, sont entièrement déterminés par les lois de la physique.

Un électron ne « choisit » pas sa trajectoire – il suit les équations de la mécanique quantique. Un neurone ne « décide » pas de s’activer – il obéit aux lois de l’électrochimie. Mais vous, en tant que holon, vous choisissez. Cette simple observation réfute le matérialisme : si la conscience était un produit du cerveau matériel, elle ne pourrait avoir de véritable libre arbitre, elle serait aussi déterminée que le reste de la matière.

Maintenant, en quoi consiste précisément ce Pouvoir de choix ? Le paradigme Psycelium propose une réponse fascinante : votre pouvoir consiste à choisir d’entrer ou non en état de connaissance avec d’autres holons conscients.

Réfléchissez un instant à votre expérience. Qu’est-ce que connaître quelque chose ? Ce n’est pas simplement avoir des informations abstraites sur cette chose. Connaître véritablement, c’est entrer en relation intime avec ce qui est connu. Quand vous connaissez vraiment quelqu’un, vous ne connaissez pas seulement des faits à son sujet – vous entrez en résonance avec son être même, holon à holon.

Mais voici le point crucial : cet état de connaissance mutuelle entre holons n’apparaît pas dans notre conscience ordinaire comme une relation entre holons. Il apparaît comme une relation physique. La nature holonique de l’autre est voilée, et seule son apparence physique se manifeste à votre conscience.

C’est là le grand secret, la clé de voûte de toute la construction : le monde physique est l’apparence consciente que prennent nos états de connaissance mutuelle lorsque la nature holonique des êtres connus est omise de la manifestation.

Permettez-moi d’utiliser une analogie. Imaginez que vous portiez en permanence des lunettes à réalité virtuelle ultra-sophistiquées que vous auriez oubliées. Ces lunettes traduiraient automatiquement toutes vos interactions avec d’autres holons en termes d’objets physiques dans un espace tridimensionnel. Vous ne verriez jamais directement les holons vous ne verriez que leurs avatars physiques. Les lunettes seraient tellement bien intégrées que vous finiriez par croire que ces avatars sont la réalité primaire.

C’est exactement notre situation. La conscience manifeste ne révèle que l’apparence physique, jamais la réalité holonique sous-jacente. Vous ne voyez jamais directement le holon d’une autre personne – vous voyez son corps, vous entendez sa voix, vous percevez ses expressions faciales. Tout cela est physique. Et pourtant, ce physique est la manifestation d’une réalité holonique plus profonde : votre choix de connaître cet autre holon conscient.

L’expérience directe : au-delà du conceptuel

Il y a une différence fondamentale entre comprendre intellectuellement ce que je viens de décrire et en faire l’expérience directe. Vous pouvez saisir conceptuellement l’idée que vous êtes un être non physique, mais tant que vous n’avez pas eu l’expérience consciente directe de votre nature véritable, cela reste une croyance parmi d’autres.

Cette distinction entre connaissance conceptuelle et expérience directe est capitale. Lorsque vous progressez à travers les différentes étapes de la connaissance de vous-même en séminaire intensif, vous éprouvez ce saut quantique entre expérience indirecte et directe Toute votre vie, on vous a enseigné à penser à propos des choses, à conceptualiser, à analyser, à créer des théories. C’est le mode opératoire par défaut de l’intellect. Mais penser à propos de l’eau n’est pas la même chose que de plonger dans l’eau. Lire une description du goût du miel n’est pas la même chose que de goûter le miel.

De même, lire ces mots sur votre nature non physique n’est pas la même chose que de devenir conscient directement de ce que vous êtes réellement. Et c’est cette expérience directe qui constitue ce que les traditions spirituelles appellent l’éveil, l’illumination, le satori, le samadhi.

Dans cette expérience directe, il n’y a pas de séparation entre le connaisseur, le processus de connaissance, et ce qui est connu. Ils forment une unité indivisible. Quand vous êtes directement conscient de votre Soi véritable, vous ne pensez pas « Ah, je suis un être non physique ! » – cette formulation maintient encore une distance, une dualité entre celui qui pense et ce à quoi il pense.

Non, dans l’expérience directe, il y a simplement la Conscience se reconnaissant elle-même, sans intermédiaire conceptuel. C’est une évidence immédiate, auto-révélatrice. Vous ne découvrez pas quelque chose de nouveau – vous reconnaissez ce qui a toujours été le cas. C’est comme si vous aviez toujours su, mais que vous aviez oublié que vous le saviez.

Cette expérience dissout instantanément la troisième illusion (la séparation entre vous et Dieu), puis progressivement les deux autres. Car une fois que vous avez reconnu votre nature non physique, il devient évident que vous n’êtes pas ce corps. Et une fois que vous reconnaissez cette même nature en tout ce qui existe, l’unité et la multiplicité de Dieu cessent d’être un paradoxe intellectuel pour devenir une réalité vivante.

Le réseau psycélien de la conscience

Pour comprendre comment nous, individus non physiques multiples, formons néanmoins une unité, je propose une métaphore biologique particulièrement éclairante : celle du mycélium.

Sous la forêt que vous voyez – les arbres, les plantes, le sol – se cache un réseau invisible mais omniprésent : le mycélium, ce réseau de filaments fongiques qui interconnecte tous les arbres de la forêt. Chaque arbre possède ses propres racines, son individualité distincte, mais sous terre, tous sont reliés par ce réseau mycelien. À travers lui, les arbres s’échangent des nutriments, communiquent des informations sur les parasites, soutiennent les jeunes pousses.

Une question fascinante se pose : le mycélium est-il un organisme ou plusieurs ? Chaque filament semble distinct, mais l’ensemble fonctionne comme un réseau unifié. Certains mycéliums s’étendent sur des kilomètres carrés et pèsent des tonnes – ce sont parmi les plus grands organismes vivants de la planète. Sont-ils un ou multiples ?

La réponse, bien sûr, est : les deux. Le mycélium est à la fois une unité fonctionnelle et une multiplicité d’éléments distincts. Cette dualité n’est pas une contradiction, c’est simplement la nature des systèmes complexes interconnectés.

Cette vision trouve un écho remarquable dans une métaphore encore plus ancienne : celle du Filet d’Indra, issue de la tradition bouddhiste. Selon cette cosmologie, l’univers entier est comme un immense filet de pêcheur s’étendant à l’infini dans toutes les directions. À chaque intersection de ce filet se trouve un joyau aux multiples facettes, étincelant comme un diamant.

La beauté de cette métaphore réside dans ce qui se passe ensuite : chaque facette de chaque joyau reflète tous les autres joyaux du réseau. Et puisque chaque joyau reflète tous les autres, dans chaque reflet apparaissent également les reflets des reflets, à l’infini. Ainsi, l’univers entier se trouve contenu dans chaque point singulier, et chaque point contient la totalité.

L’histoire raconte que Fa Tsang, le grand maître bouddhiste du VIIe siècle, fut invité par l’impératrice Wu Zetian à expliquer le Avatamsaka Sutra (le Soutra de la Guirlande de Fleurs). Mais l’impératrice, femme brillante et pragmatique, ne se satisfaisait pas des mots. « Montrez-moi », exigea-t-elle, « ne vous contentez pas de m’expliquer. »

Fa Tsang fit alors installer une statue de Bouddha au centre d’une pièce octogonale, et plaça un miroir sur chacun des huit murs, ainsi qu’un au plafond et un au sol. Il alluma ensuite une torche. Instantanément, l’image de Bouddha apparut dans chaque miroir, et chaque miroir reflétait tous les autres miroirs, créant ainsi une infinité d’images de Bouddha se reflétant mutuellement à l’infini. L’impératrice comprit immédiatement : chaque être contient tous les autres êtres, et est contenu par eux.

De même, nous, individus non physiques, formons un réseau – ce qu’on pourrait appeler un Psycelium, un mycélium psychique. Chacun de nous est un nœud distinct de ce réseau, un joyau unique dans le Filet d’Indra, doué de conscience et de liberté individuelle. Et pourtant, nous ne sommes pas séparés – nos choix de connaissance mutuelle créent constamment des connexions, des filaments de relation qui tissent ensemble la trame de la réalité. Chacun de nous reflète tous les autres, et est reflété par tous les autres.

Cette métaphore trouve un écho stupéfiant dans les découvertes de la cosmologie moderne. Les astronomes ont révélé que l’univers observable n’est pas une distribution aléatoire de galaxies, mais un immense réseau de filaments d’énergie noire reliant toutes les galaxies entre elles – un véritable mycélium cosmique. Ces fils invisibles de matière et d’énergie sombres forment une structure qui ressemble étrangement à un système nerveux géant ou à un réseau mycelien à l’échelle universelle.

Cette ressemblance n’est pas accidentelle. Le Psycelium – le mycélium psychique des êtres non physiques – se manifeste à l’échelle cosmique comme ce réseau de filaments d’énergie noire. La structure visible de l’univers reflète la structure invisible des connexions conscientes qui le sous-tendent. Comme en haut, en bas ; comme au dedans, au dehors. Le Filet d’Indra n’est pas qu’une métaphore poétique – c’est une description précise de la structure fondamentale de la réalité, visible même dans l’architecture du cosmos physique.

Notre monde est composé de multiples types de réseaux et de patterns relationnels de toutes sortes. Derrière chaque interaction humaine se trouve un réseau de relations qui soutient chaque participant : le tissu des familles, l’approvisionnement et le soutien des environnements de travail, l’énergie sociale de l’économie, de la science et de la technologie, ainsi que les communautés d’art et de compassion. Même le Cosmos possède des fils et des filaments qui relient toutes les galaxies et toute la création.

Sous-jacents à ces réseaux se trouvent ceux des microcosmes : cellules vivantes, molécules et particules élémentaires. Le paradigme Psycelium suggère qu’en dessous de tout cela, il existe des connexions non physiques conscientes et inconscientes entre nous, à travers le médium ou le champ de l’amour divin.

Le monde physique que nous percevons est la manifestation visible de ce réseau invisible. Quand vous voyez une autre personne, vous voyez l’intersection de votre filament psychelien avec le sien, traduite en termes physiques. Quand vous percevez un objet inanimé, vous percevez la façon dont d’innombrables individus non physiques ont choisi de se manifester en interaction avec vous.

Thomas Berry et Brian Swimme ont formulé cette intuition avec une clarté devenue classique : « L’Univers est une communion de sujets, non une collection d’objets. » Par cette phrase, ils rompent avec la vision moderne d’un cosmos inerte, composé d’éléments extérieurs les uns aux autres, pour affirmer une cosmologie relationnelle : chaque réalité est un centre d’expérience, de spontanéité et de réponse, inscrit dans une trame de relations vivantes. L’univers n’est pas un assemblage de choses observables de l’extérieur, mais un tissu de présences qui se co-impliquent et se répondent. Cette perspective, développée notamment dans The Universe Story (1992), redonne à la conscience — sous des formes graduées — une place constitutive dans la structure même du réel.

Cette perspective capture l’essence même du paradigme du Jeu de la Vie. Nous ne vivons pas dans un monde d’objets morts et séparés, mais dans un univers vivant de sujets interconnectés – une communion infinie d’êtres conscients en relation mutuelle et dont les interactions, quand elles sont connues de manière indirecte, se manifestent comme apparence matérielle.

Cette métaphore éclaire aussi un mystère scientifique contemporain : l’intrication quantique. Les physiciens ont découvert que des particules peuvent être « intriquées » de telle sorte qu’une mesure effectuée sur l’une affecte instantanément l’autre, quelle que soit la distance qui les sépare. Einstein appelait cela « une action fantôme à distance », et cela défie notre intuition d’un monde fait d’objets séparés dans l’espace.

Mais si les particules sont en réalité les apparences physiques de holons en état de connaissance mutuelle, l’intrication cesse d’être mystérieuse. Les holons ne sont pas dans l’espace – l’espace lui-même est une construction de leur interaction. Ils peuvent donc être en relation directe sans que la distance spatiale soit un obstacle. L’intrication quantique devient alors une fenêtre sur la nature holonique sous-jacente de la réalité.

Le paradigme Psycelium propose une compréhension profonde de cette structure fondamentale :

1. Le cosmos, le monde physique, la vie et l’esprit humain ne sont pas des réalités séparées, mais les expressions émergentes de notre nature véritable : une constellation de holons conscients. Leur apparition procède de la manière dont ces holons se reconnaissent — ou ne se reconnaissent pas encore — mutuellement dans ce qu’ils sont en vérité.

2. Ultimement, nous sommes des individus holoniques sans limites, capables d’une acceptation réciproque totale. Sans commencement ni fin, notre nature s’éprouve dans l’ouverture par laquelle nous reconnaissons que l’autre est identique à nous-mêmes. Cette ouverture peut être nommée Amour, Conscience sans objet, Sat Chit Ananda ou Vérité.

3. Chacun de nous est une ouverture singulière du Tout vers lui-même et de lui-même vers le Tout. Depuis ce point de vue unique circule le flux de l’Amour divin, montant et descendant à travers l’Être. Cette ouverture est le Cœur : chaque holon est à la fois un tout accompli et une fenêtre vivante sur l’Infini.

4. La Source — tout ce qui est, qu’il soit matériel ou non, manifeste ou imaginé — est l’Être unique se déployant comme une multiplicité immense de holons conscients. Ceux-ci se tiennent dans des relations continuellement mouvantes, selon des degrés variables d’ouverture et de libération de l’illusion. On peut concevoir cet ensemble comme une holarchie vivante, où chaque niveau contient et transcende le précédent.

5. Tant que l’Éveil n’est pas pleinement accompli, les relations entre holons demeurent partiellement indirectes. Cette connaissance indirecte donne naissance à ce que toutes les ouvertures expérimentent comme un univers physique : le champ relationnel où l’Un se découvre progressivement à travers le Multiple.

Cette vision transforme radicalement notre compréhension de ce qu’est un être humain et de notre place dans le cosmos. Nous ne sommes pas des accidents cosmiques isolés, mais des holons conscients dans le tissu même de la réalité – des ouvertures à travers lesquelles l’Être Unique se contemple lui-même. Chaque holon est simultanément un tout complet possédant sa propre intégrité, et une expression partielle de l’Infini.

La science comme étude de l’apparence divine

Loin d’invalider la science, le paradigme Psycelium lui donne une nouvelle profondeur. La science étudie effectivement quelque chose de réel : les régularités, les patterns, les lois qui gouvernent l’apparence physique. Mais elle étudie l’apparence, pas la substance fondamentale.

C’est comme si la science était l’étude approfondie d’un film projeté sur un écran. Elle peut découvrir les lois narratives qui régissent le film, analyser sa structure, prévoir les séquences suivantes. Tout cela est parfaitement valide et utile. Mais tant qu’elle ignore le projecteur et la source lumineuse, elle ne peut comprendre la nature ultime de ce qu’elle étudie.

Les lois physiques que la science découvre – la gravitation, l’électromagnétisme, la mécanique quantique – sont les patterns récurrents dans la façon dont nous, individus non physiques, choisissons de nous manifester les uns aux autres. Ces lois ne sont pas arbitraires, elles reflètent quelque chose de la nature même de notre être non physique. Mais elles ne sont pas ultimes – elles sont dérivées.

C’est pourquoi la science ne pourra jamais, par elle-même, expliquer la conscience. Elle peut cartographier les corrélations entre états cérébraux et états mentaux, elle peut modéliser les réseaux neuronaux, mais elle ne peut expliquer pourquoi il y a une expérience subjective associée à ces processus. Le philosophe David Chalmers, nous l’avons vu plus haut, appelle cela « le problème difficile de la conscience ».

Dans le paradigme Psycelium, ce n’est pas un problème – c’est simplement l’inversion de la causalité. La science essaie de dériver la conscience du physique, alors que c’est le physique qui dérive de la conscience. C’est comme essayer de comprendre le peintre en analysant chimiquement la peinture sur la toile. L’analyse chimique révélera des choses intéressantes sur la peinture, mais elle ne vous dira jamais qui était le peintre ni ce qu’il voulait exprimer.

Liberté et déterminisme réconciliés

Un des plus grands paradoxes de la condition humaine trouve aussi sa résolution dans ce paradigme : comment concilier notre expérience vécue du libre arbitre avec le déterminisme apparent du monde physique ?

Du point de vue scientifique, votre cerveau est fait d’atomes obéissant aux lois de la physique. Chaque état neuronal est déterminé par l’état précédent et les lois physiques. Comment pourrait-il y avoir de la place pour un choix libre ? Et pourtant, vous expérimentez continuellement ce choix. Vous avez l’impression de délibérer, de décider, d’être l’auteur de vos actions.

Le matérialisme résout ce paradoxe en niant le libre arbitre : ce que vous prenez pour des choix libres ne seraient que des illusions produites par un cerveau déterministe. Vous n’êtes qu’un automate biologique qui a l’illusion de choisir. Cette solution est cohérente logiquement, mais elle est existentiellement invivable et elle contredit notre expérience la plus intime.

Le paradigme du Jeu de la Vie offre une solution plus satisfaisante : vous, le holon conscient, possédez réellement le libre arbitre. Vos choix de connaissance sont authentiquement libres, ils ne sont pas déterminés par quoi que ce soit d’autre. Mais lorsque ces choix se manifestent dans l’apparence physique, ils doivent nécessairement se conformer aux lois physiques – car ces lois sont précisément les patterns récurrents de nos choix collectifs.

Imaginez un acteur improvisateur sur scène. L’acteur est libre de ses choix créatifs à chaque instant – c’est sa liberté d’artiste. Mais une fois qu’il a prononcé une phrase, qu’il a fait un geste, cela s’inscrit dans la réalité de la pièce et contraint les choix suivants. S’il a dit « Je suis le roi », il ne peut pas soudainement devenir le mendiant sans briser la cohérence de la performance.

De même, nous sommes libres en tant que holons conscients, mais nos choix passés créent une structure, un pattern qui se manifeste comme les lois physiques déterministes. Au niveau physique apparent, tout semble déterminé. Mais au niveau holonique fondamental, nous sommes les créateurs libres de ce déterminisme même. Nous sommes à la fois les auteurs du jeu et les joueurs dans le jeu – nature même d’un holon.

Vers une pratique contemplative

Comprendre intellectuellement le paradigme Psycelium est une chose. En faire l’expérience directe en est une autre. Et c’est cette expérience directe qui transforme véritablement notre relation à la réalité, à nous-mêmes, aux autres.

La question centrale devient alors : comment puis-je devenir directement conscient de ma nature holonique ? Comment puis-je dépasser les concepts et faire l’expérience immédiate de ce que je suis ?

Les traditions contemplatives ont développé diverses approches pour faciliter cette reconnaissance directe. Au cœur de beaucoup d’entre elles se trouve une pratique simple mais profonde : l’auto-investigation. Il s’agit de diriger l’attention consciente vers soi-même et de poser la question : « Qui suis-je ? »

Mais attention, cette question n’est pas une invitation à penser à propos de votre identité. Ce n’est pas un exercice intellectuel pour générer des réponses conceptuelles. C’est une invitation à l’expérience directe, à devenir conscient de celui qui pose la question.

Ce type d’exploration peut être mené de manière encore plus puissante en groupe – ce qu’on pourrait appeler un groupe Psycelium. Un tel groupe est un véhicule permettant à quelques personnes d’explorer ensemble et de devenir plus conscientes de cette possibilité de connexion holonique. Le bénéfice pour les participants est l’apparition d’une ouverture sans fin, d’une connexion plus significative et épanouissante avec les autres et avec le monde, menant à un amour plus inconditionnel et à une harmonie avec Tout ce qui est.

L’objectif estpour les participants d’explorer leurs propres expériences du territoire pour lequel ce paradigme n’est qu’un cadre possible parmi d’autres. Ce territoire, ce sont les relations ou connexions que nous avons les uns avec les autres en tant que holons conscients, en tant qu’êtres à la fois complets en eux-mêmes et parties d’un Tout plus vaste.

Dans ces groupes, nous explorons ce que chacun est réellement, et nos connexions les uns avec les autres. En fin de compte, nous cherchons à avoir une expérience directe de Ce Que Nous Sommes – non pas simplement une collection d’individus séparés, mais peut-être une holarchie vivante, une communion de holons formant une Unité plus vaste ?

Essayez maintenant. Demandez-vous sincèrement : « Qui suis-je ? » Puis, au lieu de chercher une réponse mentale, devenez simplement conscient de la présence qui pose cette question. Qui est là, en ce moment, en train de lire ces mots ? Pas votre nom, pas votre histoire, pas vos pensées sur vous-même – mais la conscience nue elle-même, avant toute identification.

Au début, vous ne trouverez peut-être que le silence, ou une sensation d’être, ou peut-être encore plus de pensées. C’est normal. L’habitude d’identification au corps-mental est profondément ancrée. Mais avec la pratique, quelque chose commence à se révéler : une présence consciente qui précède toutes les identifications, qui persiste à travers tous les changements.

Cette présence, c’est vous. Pas le vous auquel vous pensez habituellement, mais le Vous réel – le holon conscient qui a toujours été là, qui lit ces mots, qui vit votre vie, qui choisit à chaque instant. Vous êtes à la fois un tout complet et une partie de l’Infini.

Une autre approche consiste à contempler la question : « Qu’est-ce qu’un autre ? » Quand vous regardez une autre personne, qu’est-ce que vous voyez vraiment ? Un corps, certes. Des expressions, des comportements. Mais qui habite ce corps ? Quelle est la nature de cette présence consciente qui vous regarde à travers ces yeux ? Est-ce un autre holon – à la fois un tout complet en soi ET une expression du même Tout dont vous êtes une expression ?

En contemplant sincèrement cette question, sans chercher de réponses intellectuelles, vous commencez à percevoir au-delà de l’apparence physique. Vous commencez à reconnaître dans l’autre la même nature holonique que vous reconnaissez en vous. L’illusion de séparation commence à se dissoudre.

Cette reconnaissance n’est pas une pensée sentimentale ou vaguement mystique new age du genre « Namaste, nous sommes tous un ». C’est une perception directe de l’interconnexion profonde qui existe au niveau holonique, au sein du réseau mycelien de nos interactions mutuelles. Vous voyez qu’à un certain niveau, il n’y a pas d’autres – il n’y a que les multiples expressions du même Un jouant à être Multiple.

Comme dans le Filet d’Indra, vous commencez à percevoir comment chaque holon est un joyau reflétant tous les autres joyaux. La personne devant vous n’est plus un objet séparé dans votre monde subjectif, mais un autre point de vue de la même Conscience infinie, une autre facette du même diamant universel – un holon complet qui, comme vous, est simultanément un tout et une partie. Et dans cette reconnaissance mutuelle, quelque chose de profondément transformateur se produit : l’amour cesse d’être un sentiment personnel pour devenir la reconnaissance de notre identité partagée.

Les implications pratiques de cette vision

Adopter le paradigme du Jeu de la Vie n’est pas qu’un exercice philosophique. Cela transforme profondément notre façon de vivre, de souffrir, d’aimer, de créer du sens.

D’abord, cela résout la question du sens. Dans une vision matérialiste, l’univers est ultimement absurde – un accident cosmique sans but ni direction, où la conscience humaine émerge brièvement avant de s’éteindre à jamais. Toute tentative de créer du sens n’est qu’une illusion consolante face au néant.

Mais si nous sommes des individus non physiques jouant le Jeu cosmique – des filaments du grand Psycelium universel – alors notre existence a un sens intrinsèque. Nous sommes ici par choix, non par hasard. Notre vie n’est pas un accident mais une création intentionnelle. Le sens n’a pas à être inventé ou imposé de l’extérieur – il est inhérent à notre nature même.

Ensuite, cela transforme notre relation à la souffrance. Beaucoup de souffrance vient de notre identification au corps-mental et à ses vicissitudes. Quand vous croyez être le corps, la maladie, la vieillesse et la mort deviennent des menaces existentielles. Quand vous croyez être vos pensées, chaque pensée négative vous définit.

Mais si vous reconnaissez votre nature non physique, vous découvrez que vous n’êtes pas ce qui souffre, mais la conscience qui observe la souffrance. Vous n’êtes pas vos pensées, mais l’espace dans lequel les pensées apparaissent. Cette reconnaissance ne fait pas disparaître la douleur physique ou les émotions difficiles, mais elle change radicalement votre relation à ces expériences. Vous cessez d’être identifié à elles, vous les laissez traverser sans y résister ou sans vous y accrocher, comme des mirages ou des voiles si se dissipent l’un après l’autre au fur et à mesure de votre contemplation.

Cela transforme aussi notre relation aux autres. Si chaque personne que vous rencontrez est, au fond, un individu non physique comme vous – une expression du Divin jouant un rôle différent dans le Jeu de la Vie – alors chaque rencontre devient sacrée. L’autre n’est plus un objet séparé dans votre monde, mais un co-créateur de la réalité partagée.

Vos relations cessent d’être uniquement transactionnelles ou basées sur les besoins égotiques. Elles deviennent des occasions de reconnaissance mutuelle, de communion au niveau le plus profond. Vous pouvez désaccorder avec les opinions de quelqu’un, vous pouvez même vous opposer à ses actions, mais vous reconnaissez en lui la même dignité ontologique que vous reconnaissez en vous.

Cette vision transforme également notre rapport à la nature. Les arbres, les rivières, les montagnes ne sont plus de simples ressources à exploiter. Ils sont les apparences physiques d’innombrables individus non physiques en jeu créatif. La nature entière devient un temple, une manifestation du sacré, la manifestation matérielle de la communion sacré d’êtres divins en train de se rencontrer.

Questions et objections

À ce stade, des objections légitimes peuvent surgir. J’aimerais en adresser quelques-unes.

Objection 1 : « Cette vision n’est-elle pas du solipsisme ? Si tout est ma création, les autres n’existent-ils pas vraiment ? »

Non, ce n’est pas du solipsisme. Le solipsisme affirme que seul mon esprit individuel existe et que tout le reste n’est que le contenu de ma conscience. Le paradigme Psycelium affirme au contraire que de nombreux holons conscients existent, chacun aussi réel que moi, chacun étant un tout complet en lui-même. Le monde physique n’est pas ma création solitaire, mais notre co-création collective – une communion de holons en interaction.

Quand vous me voyez, vous percevez l’apparence physique que j’ai choisie dans mon interaction avec vous. Je suis aussi réel que vous l’êtes, un holon complet doté de ma propre conscience et liberté. La différence avec le réalisme naïf est que ni vous ni moi ne sommes les corps physiques que nous percevons – nous sommes les holons conscients dont ces corps sont les manifestations.

Objection 2 : « Si nous créons la réalité par nos choix, pourquoi ne puis-je pas simplement choisir de voler ou de téléporter ? »

Parce que vos choix individuels s’inscrivent dans le contexte des choix collectifs de tous les autres holons conscients. Les lois physiques sont les patterns stables qui émergent de nos choix collectifs à long terme. Vous ne pouvez pas unilatéralement les violer parce que vous n’êtes pas seul à créer cette réalité – vous êtes un holon parmi d’innombrables holons.

C’est comme dans un jeu multijoueur en ligne : chaque joueur a un certain degré de liberté, mais il doit respecter les règles du jeu partagé. Si vous essayez de faire quelque chose qui violerait ces règles, le système le rejette. Les lois physiques sont ces « règles du jeu » que nous avons collectivement établies. Votre nature holonique vous donne de l’autonomie ET vous inscrit dans un réseau plus vaste.

Objection 3 : « Cette vision n’est-elle qu’une croyance religieuse déguisée en philosophie ? »

Le paradigme Psycelium fait certainement écho à de nombreuses traditions spirituelles, mais il se distingue des croyances religieuses typiques en plusieurs points. D’abord, il ne demande pas la foi en des dogmes révélés. Il propose une hypothèse métaphysique cohérente qui peut être examinée rationnellement.

Deuxièmement, il invite à la vérification directe par l’expérience contemplative, plutôt qu’à l’acceptation de doctrines externes. Et troisièmement, il n’est pas en conflit avec les découvertes scientifiques – il propose plutôt un cadre qui les englobe et les explique.

Objection 4 : « Si nous sommes tous divins, pourquoi y a-t-il tant de mal et de souffrance dans le monde ? »

C’est la question éternelle de la théodicée. Le paradigme de Jeu de la Vie offre une réponse : la souffrance et le mal émergent précisément du jeu créatif, de notre choix collectif de nous manifester comme multiples individus apparemment séparés, avec des perspectives limitées et des intérêts parfois contradictoires.

Dans notre état ordinaire de conscience, nous avons oublié notre nature divine et notre interconnexion profonde. Cette ignorance (appelée avidya dans les traditions orientales) produit la peur, l’avidité, la haine – toutes les sources de la souffrance. Le mal n’est pas une force substantielle opposée à Dieu, c’est l’ombre projetée par notre oubli de qui nous sommes.

Le but du Jeu n’est pas de créer un monde parfait et sans friction, mais de créer un espace de jeu créatif où la liberté authentique est possible, au sein duquel tous les points de vue peuvent coexister et entrer en relation– et avec la liberté vient inévitablement la possibilité de choix qui créent de la souffrance. C’est le prix du Jeu.

Au-delà du paradigme : l’expérience vivante

Finalement, tous ces concepts – même le paradigme Psycelium lui-même – ne sont que des pointeurs vers quelque chose qui doit être vécu directement. Comme le dit une métaphore zen classique : le doigt qui pointe vers la lune n’est pas la lune.

Ces idées peuvent éclairer votre chemin, elles peuvent dissoudre certaines confusions intellectuelles, elles peuvent vous inspirer à explorer plus profondément. Mais elles ne peuvent se substituer à l’expérience directe de votre nature véritable.

Cette expérience n’est pas réservée à une élite spirituelle, à des mystiques dans des monastères reculés. Elle est accessible à quiconque est sincèrement intéressé et prêt à diriger son attention vers la vérité avec constance et sincérité.

Vous n’avez pas besoin de croire au paradigme du Jeu de la Vie pour explorer qui vous êtes vraiment. Vous n’avez pas besoin de vous affilier à une tradition particulière ou d’adopter des croyances spécifiques. Vous avez simplement besoin de vous poser sincèrement la question : « Qui suis-je ? » et de rester avec cette question jusqu’à ce que la réponse se révèle d’elle-même – non pas comme une pensée ou un concept, mais comme une reconnaissance directe et indubitable.

Conclusion : habiter le mystère

Le paradigme Psycelium ne résout pas tous les mystères de l’existence. Il en préserve même quelques-uns, comme il se doit pour toute vision authentique de la réalité. Car la Vie n’est pas un problème à résoudre, mais un mystère à explorer. Et ce mystère est le fond même de l’existence.

Pourquoi l’Un choisit-il de devenir Multiple ? Pourquoi la Conscience choisit-elle de se voiler à elle-même sous l’apparence de la matière ? Pourquoi ce Jeu cosmique de cache-cache où Dieu se perd et se retrouve indéfiniment ? À ces questions, il n’y a peut-être pas de réponse conceptuelle satisfaisante. Il n’y a que le Jeu lui-même, dans toute sa spontanéité créatrice.

Ce que ce paradigme offre, c’est une façon de réconcilier nos intuitions spirituelles les plus profondes avec les découvertes de la science, sans sacrifier ni l’une ni l’autre. Il nous permet de reconnaître que oui, nous sommes des êtres spirituels, des individuations du Divin, dotés de conscience et de liberté. Et en même temps, oui, l’univers physique étudié par la science est réel – simplement, il n’est pas la réalité ultime, mais son apparence manifeste.

Cette réconciliation n’est pas qu’intellectuelle. Elle a le pouvoir de transformer notre vie en profondeur. Elle nous libère de l’absurdité existentielle du matérialisme sans nous enfermer dans le dogmatisme religieux. Elle nous invite à habiter pleinement notre condition humaine – avec ses joies et ses peines, ses limitations et ses possibilités – tout en restant enracinés dans la reconnaissance de notre nature véritable.

Le Jeu continue. En ce moment même, pendant que vous lisez ces mots, vous êtes à la fois le créateur et la création, le connaisseur et le connu, Dieu jouant à être vous – un holon unique dans le vaste filet de la conscience universelle, à la fois un tout complet et une partie de l’Infini. La seule question qui demeure est : allez-vous reconnaître votre nature holonique, cette simultanéité d’être un individu à la fois autonome et interconnecté ?

Cette reconnaissance est ce que les traditions spirituelles appellent l’éveil. Et cet éveil n’est pas la fin du chemin, mais son véritable commencement – le moment où le Jeu devient pleinement conscient de lui-même, où chaque holon reconnaît sa vraie nature, et où chaque instant devient une célébration de la vérité dans tous ses aspects.

La question « Qui suis-je ? » demeure, ouverte, vivante, vous invitant à plonger toujours plus profondément dans le mystère de votre propre être. Non pas pour trouver une réponse définitive et vous reposer dedans – ce serait un nouveau point de vue figé – , mais pour découvrir que vous êtes vous-même la question vivante, le mystère incarné, la danse éternelle de la conscience se connaissant elle-même.

Et dans cette reconnaissance, science et spiritualité cessent d’être deux domaines séparés pour devenir deux regards complémentaires sur la même réalité ineffable – le regard tourné vers l’extérieur, cartographiant les patterns de l’apparence, et le regard tourné vers l’intérieur, découvrant la source de toute apparence.

Les deux perspectives sont nécessaires. Les deux sont vrais. Les deux font partie du Jeu, et finissent par se résorber l’un dans l’autre, lorsque la vérité est pleinement reconnue.

Car la vérité ne serait pas la vérité si elle n’était pas paradoxale.

Pour aller plus loin dans l’exploration de la Connaissance de Soi, tu peux télécharger l’ebook gratuit « Qui suis-je ? » sur les 15 étapes de la connaissance de Soi et renseigner le questionnaire en ligne disponible via ce lien.

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