Comment être soi-même : une veine minérale colorée qui apparaît sous des couches de peinture écaillées

Comment être soi-même, surtout avec les autres

Temps de lecture : 10 minutes

Être soi-même, c’est penser, sentir et agir en accord avec ce qu’on est vraiment, plutôt qu’en fonction de ce qu’on croit que les autres attendent de nous. Dit ainsi, cela paraît simple. Tout le monde le souhaite, et les conseils abondent : « sois toi-même », « assume-toi », « ne te préoccupe pas du regard des autres ».

Pourtant, la plupart d’entre nous connaissent la scène. Seul, on sait à peu près ce qu’on pense. Puis on entre dans une pièce, on rejoint un repas de famille, on retrouve son couple après une dispute, on prend la parole en réunion — et quelque chose se déplace. On sourit quand on n’en a pas envie, on se tait quand on voudrait parler, on dit oui en pensant non. Ce n’est pas seul qu’il est difficile d’être soi-même. C’est avec les autres.

Cet article explore pourquoi, ce que coûte cette adaptation permanente, et comment on peut retrouver le chemin de soi sans pour autant se couper des autres — parce que c’est dans la relation que cela se joue.

Que veut dire « être soi-même » ?

L’expression prête à confusion. Elle laisse imaginer qu’il existerait un « vrai moi » fixe, caché quelque part, qu’il suffirait de dégager pour enfin le montrer. Or ce qu’on est ne ressemble pas à un objet enfoui. Être soi-même ressemble davantage à une manière d’être présent : laisser ce qu’on ressent, pense et perçoit réellement arriver jusqu’à la surface, au lieu de le filtrer.

Être soi-même ne veut pas dire tout dire, tout le temps, à n’importe qui. Ce n’est pas l’impulsivité ni la franchise brutale qui blesse en se donnant bonne conscience. Ce n’est pas non plus s’enfermer dans une image de soi — « je suis comme ça, c’est tout » — qui peut devenir, elle aussi, un masque.

C’est plutôt ne pas se trahir : ne pas nier ce qu’on ressent, ne pas faire semblant d’être d’accord, ne pas jouer un rôle au point de s’y perdre. On peut choisir de se taire ; mais on se tait en le sachant, pas parce qu’on a oublié qu’on avait quelque chose à dire.

Pourquoi est-ce si difficile d’être soi-même ?

Parce que nous avons appris à nous adapter

Tout enfant dépend entièrement de ceux qui l’élèvent. Pour être aimé, protégé, accepté, il apprend très tôt ce qui est bien reçu et ce qui ne l’est pas. Si sa colère fait peur, il apprend à la cacher. Si sa tristesse agace, il apprend à sourire. Si son enthousiasme dérange, il apprend à se faire discret.

Ces adaptations ne sont pas des erreurs : ce sont des stratégies de survie intelligentes. Le problème, c’est qu’elles continuent de fonctionner à l’âge adulte, bien après avoir cessé d’être nécessaires. On se retrouve à quarante ans à se comporter devant son patron comme on se comportait devant un père colérique — sans même s’en rendre compte.

Parce que nous avons peur du rejet

Le besoin d’appartenance est l’un des plus profonds chez l’être humain. Être exclu du groupe, pendant l’essentiel de l’histoire de notre espèce, signifiait souvent mourir. La peur d’être rejeté n’est donc pas une faiblesse de caractère : elle est inscrite dans notre biologie. Elle explique pourquoi on préfère souvent être accepté pour quelqu’un qu’on n’est pas plutôt que rejeté pour ce qu’on est.

Cette peur est particulièrement vive chez ceux qui portent une blessure ancienne de rejet ou d’abandon. Pour eux, un simple désaccord peut réveiller une angoisse disproportionnée, et il devient plus sûr de s’effacer.

Parce que nous ne savons plus très bien qui nous sommes

À force de s’adapter, on finit parfois par ne plus savoir ce qu’on veut vraiment, ce qu’on aime, ce qu’on pense. On a tellement guetté les attentes des autres qu’on a perdu le contact avec les siennes. La question « qu’est-ce que j’en pense, moi ? » devient étrangement difficile. Beaucoup de personnes découvrent, en commençant un travail sur elles-mêmes, qu’elles avaient toujours répondu aux questions des autres sans jamais s’en poser.

C’est ce qui rend si précieuse la question de la Connaissance de Soi : elle est une manière de retrouver le contact avec ce qui est réellement là.

Les signes qu’on n’est pas soi-même

Quelques indices reviennent souvent chez ceux qui se sont trop adaptés :

On dit oui quand on pense non. On accepte des invitations, des services, des charges de travail qui ne nous conviennent pas, puis on le regrette.

On se sent épuisé après les interactions sociales, non parce qu’on est introverti, mais parce qu’on a passé la soirée à jouer un personnage.

On change d’opinion selon l’interlocuteur. On ne sait plus très bien ce qu’on pense vraiment, parce qu’on pense surtout ce qui passera bien.

On ressent un vide ou une irritation sourde qu’on ne comprend pas, comme si quelque chose en soi n’était pas nourri.

On a peur que les gens découvrent « qui on est vraiment », avec l’idée qu’ils ne nous aimeraient plus.

On se sent seul au milieu des autres. C’est peut-être le signe le plus parlant : on est entouré, mais personne ne connaît vraiment la personne qu’on est.

Être soi-même : une tesselle d'une autre couleur au milieu d'une mosaïque ancienne
Être soi-même, c’est accepter d’être la pièce qui n’a pas tout à fait la couleur des autres.

Ce que coûte le fait de ne pas être soi-même

S’adapter en permanence a un prix, même quand il est invisible.

L’épuisement. Jouer un rôle demande une énergie considérable. Surveiller ce qu’on dit, anticiper les réactions, se corriger sans cesse : c’est un travail à plein temps.

La perte de vitalité. Ce qu’on réprime ne disparaît pas. La colère non dite devient tension, la tristesse non exprimée devient lourdeur, le désir étouffé devient apathie. On finit par se sentir éteint sans savoir pourquoi.

Des relations superficielles. Paradoxalement, en cherchant à être aimé, on empêche d’être aimé vraiment. Si l’autre aime le personnage, il n’aime pas la personne. Et on le sent : même entouré d’affection, on reste avec l’impression que personne ne nous connaît.

Le ressentiment. À force de dire oui à contrecœur, on accumule une rancœur envers ceux qu’on sert — alors même qu’ils n’ont souvent jamais su qu’on n’en avait pas envie.

Comment être soi-même avec les autres

Il n’existe pas de bascule soudaine où l’on deviendrait enfin authentique. Mais il existe un chemin, fait de petits pas, qui se parcourt justement dans la relation.

Commencer par remarquer

Avant de changer quoi que ce soit, il suffit d’observer. À quel moment je me suradapte ? Avec qui ? Qu’est-ce que je ressens juste avant ? On ne peut pas lâcher un réflexe qu’on ne voit pas. Remarquer le petit pincement, la phrase qu’on retient, le sourire de politesse, c’est déjà reprendre contact avec soi.

Retrouver ce qu’on ressent

Être soi-même suppose de savoir ce qu’on ressent. Or beaucoup de personnes adaptées ont perdu le contact avec leurs émotions ou leurs sensations. Revenir au corps — une tension dans le ventre, une gorge serrée, une chaleur — aide à retrouver ce qui se passe réellement, avant que la pensée ne le corrige.

Oser de petites vérités

On n’a pas besoin de commencer par les grandes confrontations. On peut commencer par dire « je préférerais autre chose » au restaurant, « je ne suis pas d’accord » dans une conversation sans enjeu, « je n’ai pas envie » à une proposition. Chaque petite vérité dite sans catastrophe apprend au système nerveux que c’est possible.

Apprendre à dire non

Dire non est souvent l’endroit le plus difficile. Il s’agit de reconnaître, sans devenir dur, que son propre besoin compte aussi. Un non sincère vaut mieux qu’un oui plein de ressentiment, pour soi comme pour l’autre.

Accepter de déplaire un peu

Être soi-même implique de ne plus plaire à tout le monde. Certaines relations se transformeront, quelques-unes se distendront peut-être. Mais celles qui resteront reposeront sur quelque chose de vrai. On perd parfois quelques relations de surface, et l’on gagne des relations où l’on existe vraiment.

Chercher des relations où l’on peut être vrai

Il est difficile d’être soi-même seul contre tous. On a besoin d’au moins quelques relations où l’on peut dire ce qu’on pense sans être jugé. Ces espaces se trouvent parfois auprès d’un ami, d’un groupe, d’un thérapeute, ou dans un cadre conçu pour cela.

Être soi-même en couple

Le couple est sans doute le lieu où la question se pose avec le plus d’acuité. Au début, on veut plaire ; on met en avant ce qui séduit, on laisse dans l’ombre ce qui pourrait inquiéter. Puis la relation s’installe, et l’on découvre que l’autre ne connaît qu’une partie de nous.

Beaucoup de couples s’enlisent parce que chacun s’adapte à l’autre au point de ne plus exister. On évite les sujets qui fâchent, on renonce à ses envies pour préserver la paix, on devient deux personnages qui cohabitent. La paix obtenue ainsi est une paix de surface, sous laquelle s’accumulent les non-dits.

Être soi-même en couple, c’est oser dire ce qu’on ressent, ce qu’on désire, ce qui ne va pas — sans attaquer, mais sans taire. C’est accepter que l’autre ne soit pas toujours d’accord, et découvrir que la relation peut supporter le désaccord. Un couple où chacun peut être vrai est souvent plus vivant, plus solide et plus intime qu’un couple où chacun se protège. C’est l’un des thèmes au cœur de la thérapie de couple telle qu’on la pratique à Psycelium.

La vérité dans la relation

Il existe une manière très directe de travailler cette question : s’exercer à dire vrai à quelqu’un qui écoute sans juger. C’est le principe de la dyade, qui est au cœur de la Clarification Relationnelle et des séminaires intensifs « Qui suis-je ? ».

Deux personnes sont assises face à face. L’une pose une question, l’autre contemple et communique ce qui surgit, sans filtre et sans chercher à bien faire. L’autre écoute, sans commenter, sans conseiller, sans juger. Puis on inverse.

Être soi-même avec les autres : deux galets posés face à face sur une étendue de sable, reliés par des cercles concentriques dans l'eau
On ne se trouve pas seulement en se retirant : on se trouve aussi en étant entendu tel qu’on est.

Ce cadre simple a un effet étonnant. Quand on sait qu’on sera écouté sans être jugé, ce qu’on retenait depuis longtemps commence à se dire. On découvre qu’on peut dire la vérité sans que le monde s’écroule. Et peu à peu, ce qui était possible dans la dyade devient possible dans la vie : on parle plus vrai à son conjoint, à ses amis, à sa famille. C’est ce que décrit l’article consacré au séminaire intensif « Qui suis-je ? ».

Être soi-même : une question aussi spirituelle

Derrière la question psychologique se cache une question plus profonde : qui est ce « soi » qu’on cherche à être ? Les traditions spirituelles invitent à regarder plus loin que la personnalité, les goûts et les opinions. Elles suggèrent qu’il existe en nous une présence plus fondamentale, qui n’a pas besoin d’être défendue ni affirmée.

Paradoxalement, c’est souvent en cessant de vouloir être quelqu’un qu’on devient plus pleinement soi-même. Quand on n’a plus besoin de se protéger, on peut simplement être là, avec ce qu’on ressent, ce qu’on pense, ce qu’on perçoit. Ce n’est plus un effort d’affirmation, c’est un repos.

Se faire accompagner pour être soi-même avec les autres

Seul, vous savez à peu près ce que vous pensez. La difficulté commence au repas de famille ou en réunion, et le travail demande donc quelqu’un en face.

Une séance est un endroit où l’on peut dire vrai à quelqu’un qui écoute sans juger. On y dit d’abord de petites choses, puis des choses plus anciennes, jamais dites à ceux qu’elles concernaient. On regarde aussi à quel moment, et devant qui, vous vous adaptez. Ce qui devient possible en séance finit par se tenter ailleurs.

Je propose des séances individuelles, essentiellement en visio, avec la possibilité de séances ponctuelles en présentiel à Paris et à Montpellier. → Prendre rendez-vous

Si vous hésitez, écrivez-moi quelques lignes sur ce qui vous amène : je vous dirai si c’est le bon moment. Pour savoir comment se passe une séance : l’accompagnement individuel.

Questions fréquentes

Comment être soi-même avec les autres ? En remarquant d’abord quand on se suradapte, en retrouvant le contact avec ce qu’on ressent, en osant de petites vérités, en apprenant à dire non, et en cherchant des relations où l’on peut être vrai.

Pourquoi n’arrive-t-on pas à être soi-même ? Parce qu’on a appris très tôt à s’adapter pour être aimé, parce que la peur du rejet est profondément ancrée, et parce qu’à force de s’adapter, on a parfois perdu le contact avec ce qu’on ressent vraiment.

Être soi-même, est-ce dire tout ce qu’on pense ? Non. Être soi-même, c’est ne pas se trahir. On peut choisir de se taire, mais en le sachant, pas par peur ou par oubli de soi.

Comment être soi-même en couple ? En osant dire ce qu’on ressent et désire, sans attaquer ni taire, et en découvrant que la relation peut supporter le désaccord.

Peut-on apprendre à être soi-même ? Oui. C’est un chemin progressif, qui se parcourt surtout dans des relations où l’on peut être entendu sans être jugé.

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Pour aller plus loin


Pour explorer cette investigation plus directement, tu peux rejoindre l’un des Séminaires Intensifs vers l’Éveil (« Qui suis-je ? ») ou des groupes Sadhana que je propose.

Et si tu veux approfondir cette exploration, tu peux télécharger l’ebook gratuit « Qui suis-je ? » sur les 15 étapes de la Connaissance de Soi et renseigner le questionnaire en ligne disponible via ce lien.

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