Se libérer de la posture de victime : une ammonite coupée en deux, spirale qui se referme sur elle-même
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Se libérer de la posture de victime : culpabilité, Karma Clearing et pardon

Temps de lecture : 25 minutes

Il y a quelques mois, j’ai appris qu’une personne avec qui je n’étais plus en relation depuis un certain temps répandait des propos que j’estimais malveillants à mon endroit.

J’ai senti ce que cela me faisait.

Ma première réaction a été un mouvement de protection : je me suis senti attaqué, en danger. Puis l’état de victime s’est manifesté : « Je suis victime d’une forme d’abus, de mauvaise foi, de malhonnêteté, de manipulation, de diffamation… »

Avec l’imaginaire de la victime ont surgi la colère, le ressentiment, le dégoût, tout ce qu’on peut vivre quand on étiquette une situation par ces mots : je suis victime d’un abus. Et avec eux, les réflexes de défense et de justification.

Comme toujours, tout est en miroir : ce que je projette sur l’autre parle de moi.

Au fil des semaines, je me suis appuyé sur les prises de conscience de ces dernières années, et j’ai voulu travailler sur l’histoire que je me racontais.

J’ai commencé à appliquer un protocole de Clarification, le Karma Clearing, transmis par Charles Berner, que je décris plus bas. Il m’a amené à me demander : qu’ai-je fait, dans cette situation, dans cette relation, que je n’aurais pas dû faire ? Qu’est-ce que je n’ai pas fait, que j’aurais dû faire ?

À mesure que je reconnaissais des parts de responsabilité, quelque chose s’est clarifié, simplifié. J’ai pu m’ouvrir à des aspects que je n’avais pas pris en considération au premier abord, et décider de reconnaître que j’avais participé à créer cette situation.

Je me suis senti soudain plus apaisé, plus libre. Et j’ai constaté que ma capacité à accueillir la situation telle qu’elle se manifestait s’était développée.

En un sens, cette personne m’a fait un cadeau. Elle m’a permis de rencontrer mes propres zones d’ombre et de déni, les endroits où j’aurais pu prendre davantage soin de la relation au lieu de m’arc-bouter sur mon point de vue, et de voir qu’un autre point de vue était possible.

Elle s’est sans doute sentie victime, elle aussi. Si elle peut faire ce travail, quelque chose pourra également s’ouvrir de son côté et la libérer du ressentiment.

Je partage ce cheminement parce qu’il touche une question précise. Reconnaître une souffrance peut être une étape ; passer de la rencontre avec la blessure à l’identification à la victime est un piège. La vengeance et la demande de réparation sont de fausses solutions, qui ne libèrent pas en profondeur.

La seule porte de libération est le pardon : est-ce que je me pardonne ? Est-ce que je pardonne à l’autre ?

Le pardon est l’aboutissement d’un chemin : la prise de responsabilité, l’acceptation de vivre ce qui a été nié ou refoulé, et l’ouverture au point de vue et au vécu de l’autre.

Pensez, vous aussi, à quelqu’un à qui vous en voulez. Une personne précise, une scène précise, ce qu’elle a dit, ce qu’elle a fait, ce qu’elle aurait dû faire et n’a pas fait. La liste vient vite.

Posez maintenant la question dans l’autre sens : qu’avez-vous fait, vous, dans cette situation, que vous pensez que vous n’auriez pas dû faire ?

La plupart des gens sentent alors une résistance, parfois une vraie colère. Cette résistance indique la sortie. Se sentir victime est une posture de protection, et une manière de rejeter l’autre, ou plus exactement la vérité qu’il présente. On s’y enferme, et on en souffre.

Sommaire

  1. Pourquoi se sent-on victime ? : la protection qui enferme, la culpabilité déniée, le cycle, le triangle de Karpman, ce que la posture coûte
  2. Comment sortir de la posture de victime ? : la plainte entendue, le Karma Clearing, selon sa propre estimation, le pardon, renoncer à avoir raison
  3. Élargir le regard sur l’état de victime : se sentir victime de la vie, une société qui valorise la victime, René Girard et le bouc émissaire
  4. Le niveau d’après : vers une responsabilité absolue, les catégories mentales qui se dissolvent, la liberté de point de vue, le péché comme erreur de visée, se rendre à ce qui est

Pourquoi se sent-on victime ?

La posture de victime : une protection qui enferme

Se victimiser, c’est se raconter que la cause de ce qu’on vit est chez l’autre, et s’installer dans ce récit. La posture protège. Elle évite de sentir une douleur ancienne, et elle évite surtout de regarder ce qu’on a fait.

Le mouvement qui y mène est toujours le même, en quatre temps :

  1. Une vérité est renvoyée par un autre, ou par une situation.
  2. Elle réactive un engramme de souffrance, un engramme de culpabilité : la trace d’une douleur ancienne, restée active.
  3. On se ferme à l’expérience de cette culpabilité, pour se protéger de la souffrance.
  4. On rejette l’autre en s’identifiant à la victime, et l’on s’enferme dans le ressentiment.

J’ai décrit ce mouvement de l’intérieur, à partir d’une dyade, dans un article sur le sentiment d’être rejeté. Celui-ci regarde la suite : ce qui maintient la posture, et ce qui permet d’en sortir.

Le rideau se lève sur deux personnages, une victime à l’intérieur et un bourreau à l’extérieur. Le décor paraît simple ; il cache un troisième personnage, plus discret. Plus on se victimise, plus on se sent coupable. Les deux vont ensemble, et l’on finit par s’enfermer dans sa propre culpabilité.

La culpabilité déniée fabrique un bourreau

Ce qui suit choque souvent : derrière la posture de victime, on trouve presque toujours une culpabilité qu’on refuse de sentir.

En Clarification Relationnelle, on observe ce mécanisme avec une grande précision. Quand une personne a fait une chose qu’elle estime mauvaise, elle se sent coupable. Si elle ne peut pas porter cette culpabilité, elle cherche à atténuer sa faute. La manière la plus simple est de la dénier en soi et de la projeter sur un objet extérieur.

« Oui, j’ai cassé le jouet, mais il était tout abîmé de toute façon. » « Il m’a bousculé le premier, alors je l’ai frappé. » « Oui, je lui ai mal parlé, mais elle est impossible. » Chaque phrase déplace un peu de la faute vers l’autre, jusqu’à ce que l’autre devienne celui qui a commencé, celui qui l’a mérité, celui qui ne vaut pas grand-chose.

Ce mécanisme a une conséquence qu’on mesure mal : il rend les gens critiques. Le mépris qu’on porte à quelqu’un mesure souvent la culpabilité qu’on n’a pas voulu sentir à son égard. Celui qui se sent pleinement juste n’a pas besoin de diminuer celui qu’il a blessé.

Le ressentiment est cette culpabilité retournée vers l’extérieur. On peut parler d’un cycle culpabilité–ressentiment : plus la culpabilité est déniée, plus le ressentiment grandit ; plus le ressentiment grandit, plus on fait de mal à l’autre, en pensée ou en acte ; et plus on lui fait de mal, plus la culpabilité s’accumule, que l’on dénie à nouveau.

Rien de cela n’est conscient. Personne ne se dit : « J’ai mal agi, je vais donc décider que cette personne ne vaut rien. » Le mécanisme est automatique, d’où sa solidité.

Pourquoi le cycle recommence

Une personne qui se victimise a souvent l’impression que la vie s’acharne. Les mêmes situations reviennent : le patron qui méprise, le conjoint qui n’écoute pas, l’ami qui trahit. Plus je me victimise, plus des situations viennent me chercher pour révéler la responsabilité que je dénie.

On peut y voir une loi mystérieuse. La Clarification Relationnelle en propose une lecture plus sobre, à partir du mot karma, qui veut dire « action » en sanskrit. Personne ne tient de registre dans le ciel ; vous tenez le compte vous-même.

Vous surveillez tout ce que vous faites. Ce que vous estimez avoir mal fait, vous veillez à le payer, en souffrant ce que vous pensez devoir souffrir, jusqu’à ce que la leçon soit apprise. J’en parle plus longuement dans un article sur le karma.

Vue ainsi, la répétition a une logique. Tant que la part qui me revient reste cachée, je recrée les conditions qui pourraient me la montrer. Le patron, le conjoint, l’ami tiennent le même rôle sous des costumes différents. Ils renvoient la même vérité, et tant que je la rejette, la pièce reprend.

Le mouvement ressemble moins à un cercle qu’à une spirale qui se referme.

À chaque tour, je m’enferme un peu plus dans une perspective étriquée, pour éviter la souffrance qu’apporterait une prise de responsabilité. Je me coupe du point de vue de l’autre, parce que je veux avoir raison. À l’extrême, on devient soi-même un idéologue, un fanatique, un abuseur : quelqu’un qui ne peut plus entendre aucune vérité venue d’ailleurs.

Schéma : la spirale qui nous enferme dans la posture de victime, en quatre actes (vérité, blessure, fermeture, déni)
La spirale qui nous enferme dans la posture de victime

Le triangle de Karpman commence dans la posture de victime

Le psychiatre Stephen Karpman a décrit un triangle que beaucoup connaissent : la victime, le persécuteur, le sauveur. Les rôles tournent. La victime appelle un sauveur, le sauveur épuisé devient persécuteur, le persécuteur se découvre victime à son tour. On peut passer sa vie à changer de place dans ce triangle sans en sortir.

Une scène suffit à le voir tourner. Une femme se plaint de son mari auprès d’une amie ; l’amie prend sa défense, conseille, s’indigne avec elle. Quelques semaines plus tard, la femme a fait la paix avec son mari, et c’est l’amie qu’elle trouve envahissante. La sauveuse est devenue persécutrice, puis victime d’une ingratitude, et chacun a changé de place sans que personne sorte du triangle.

Le triangle prend naissance dans la posture de victime, c’est-à-dire dans une responsabilité qu’on ne prend pas. Tant qu’une part de ce qui m’arrive reste chez l’autre, il me faut quelqu’un pour la porter : un bourreau pour l’avoir causée, un sauveur pour la réparer. Les deux rôles naissent du même refus.

Le sauveur paraît la place la plus honorable. Quand je projette un sauveur sur quelqu’un, ou que je m’identifie moi-même au sauveur, je m’attache encore à un point de vue, positif cette fois, sans voir que je porte en moi tous les rôles.

Le moine zen Thich Nhat Hanh l’a écrit dans un poème célèbre, Appelez-moi par mes vrais noms, où il se reconnaît à la fois dans une fillette violée par un pirate et dans le pirate lui-même. J’y consacrerai un commentaire à part, car c’est l’un des textes que je partage le plus souvent lorsque je conduis des Séminaires Intensifs vers l’Éveil.

On sort du triangle par la responsabilité. Quand je reprends ma part, je n’ai plus besoin d’un bourreau pour expliquer ce que je vis, ni d’un sauveur pour le réparer. Les trois rôles se vident d’eux-mêmes, et il reste deux personnes qui peuvent se parler.

Ce que la posture de victime coûte

On imagine la victime soulagée de ne pas porter la faute. Elle souffre pourtant davantage que celui qui la porte.

La posture de victime crée et entretient de la culpabilité, puisque la faute déniée ne disparaît pas. Elle crée du ressentiment, projeté sur l’autre. Elle fait baisser l’estime de soi, parce qu’une partie de soi sait ce que l’autre partie refuse de voir, et qu’on finit par se méfier de soi-même. Elle clive : on devient deux, celui qui a agi et celui qui l’ignore, et toute l’énergie part à tenir la cloison entre les deux.

L’issue est simple, et triste. Celui qui se sent coupable conclut qu’il vaut mieux ne plus rien faire. Il se retire, se tait, rentre dans sa coquille. Il cesse de tendre la main, sauf de la manière qui, autrefois, ne blessait personne. Son pouvoir personnel se réduit, et l’énergie qui n’a plus d’endroit où aller devient frustration et amertume.

La posture coûte aussi les relations. On finit par s’entourer de personnes qui confirment le récit, celles qui disent « tu as raison, il est impossible », et par s’éloigner de celles qui renvoient une autre vérité. Le cercle se resserre autour de ceux qui ne dérangent pas, et la vie relationnelle s’appauvrit à mesure qu’elle devient plus confortable. Les amitiés deviennent des alliances contre quelqu’un.

Elle coûte enfin le pouvoir d’agir. Si tout ce qui m’arrive vient de l’extérieur, je ne peux rien y changer : il ne me reste qu’à attendre que l’autre change, que la situation tourne, que la justice passe. Des années peuvent s’écouler ainsi, dans une plainte qui ne demande qu’à être entendue encore. La posture de victime promet une protection, et elle livre une impuissance.

Comment sortir de la posture de victime ?

La plainte, parfois une étape

Prendre sa responsabilité ne se décrète pas. Pour certaines personnes, la connexion à la souffrance et à la douleur est une étape nécessaire. Il faut qu’à un moment la plainte soit exprimée, et qu’elle soit entendue.

On le voit dans les Séminaires Intensifs vers l’Éveil. Certains participants communiquent pendant des heures, parfois pendant des jours, du ressentiment envers un autre, par exemple quand ils travaillent sur l’instruction « Dis-moi ce qu’est un autre ». Chez d’autres, la plainte passe de manière plus subreptice, plus indirecte, moins assumée, et le chemin est encore plus long. C’est souvent le cas des personnes figées dans une attitude de victime de la vie. Aucune prise de responsabilité n’apparaît encore.

Il suffit alors de recevoir cette plainte, sans chercher encore à amener la personne à prendre sa responsabilité. Elle n’est pas prête : trop de cycles anciens de communication n’ont pas été achevés, trop de choses n’ont jamais pu être dites, ni entendues. La prise de responsabilité viendra le plus souvent d’elle-même, au bout d’un moment.

Cette plainte a besoin d’être entendue, encore et encore, jusqu’au moment où cette part du mental se dissout dans l’achèvement du cycle de communication. Elle laisse alors la place à une nouvelle énergie de vie : souvent la révolte et la colère d’abord, puis une récupération de puissance, avec la prise de conscience de nouvelles possibilités de décision et d’action.

Quand l’individu est suffisamment fort, et que son mental s’est déjà largement éclairci dans beaucoup de relations, cette étape n’est plus nécessaire. La responsabilité peut alors se prendre parfois instantanément, comme un réflexe, parce qu’on a reconnu le schéma victimaire : la culpabilité inconsciente derrière le ressentiment.

Le Karma Clearing, la question qui renverse tout

Quand vous en voulez à quelqu’un, le réflexe est de chercher ce qu’il a fait. On en trouve toujours assez. La Clarification Relationnelle propose de poser la question dans l’autre sens.

Le processus s’appelle le Karma Clearing. Il a notamment été décrit et formalisé par Charles Berner à la fin des années 1960 et au début des années 1970, lorsqu’il a développé la Clarification du mental, dont la Clarification Relationnelle est issue. Celui qui accompagne donne une instruction ; la personne contemple ce qui surgit, puis le communique, sans être jugée :

« Dis-moi une chose que tu as faite et que tu penses que tu n’aurais pas dû faire, selon ta propre estimation. »

Et son pendant :

« Dis-moi une chose que tu n’as pas faite et que tu penses que tu aurais dû faire, selon ta propre estimation. »

Appliquée à une personne à qui l’on en veut, l’instruction devient très concrète : qu’ai-je fait, dans cette situation, que je n’aurais pas dû faire ? Qu’ai-je omis de faire, que j’aurais dû faire ?

Les premières réponses sont souvent défensives : « rien », ou une petite faute pour la forme. Puis, à mesure qu’on reste avec la question, les vraies remontent. Une phrase blessante qu’on avait oubliée. Un silence qui était une punition. Une promesse qu’on savait ne pas tenir.

Chaque réponse rend une part de la faute à celui qui l’a commise, et l’autre, à mesure, cesse d’être un bourreau.

Quand la question bloque, on prépare le terrain par des instructions plus larges, qui n’engagent pas encore son propre cas : « Dis-moi une chose qu’on ne devrait jamais faire », « Dis-moi une chose qu’on ne devrait jamais pardonner ». L’imagination élargit la perspective, et la culpabilité personnelle se laisse trouver plus facilement.

Selon votre propre estimation, et celle de personne d’autre

Trois mots de l’instruction portent tout le processus : selon votre propre estimation.

On ne vous demande pas d’avouer ce qu’un autre considère comme une faute. La confession a perdu une grande partie de sa force le jour où l’on a fait avouer aux gens des fautes définies par une institution plutôt que par leur propre conscience.

Avouer selon le code d’un autre produit deux culpabilités au lieu d’une : celle de la faute qu’on sent vraiment, et celle d’avoir menti en avouant ce qu’on ne sentait pas. Et quelqu’un qu’on a rendu coupable selon des règles imposées devient plus facile à faire taire.

Le Karma Clearing demande l’inverse. Vous êtes le seul juge de ce que vous estimez avoir mal fait, et personne ne vous punit de le dire.

Cette exigence protège aussi d’un piège très répandu dans les milieux du développement personnel : s’accuser de tout pour paraître lucide. Celui qui déclare d’emblée « tout est de ma faute » évite souvent de nommer une seule faute précise, et la formule générale tient lieu de travail. Le Karma Clearing demande des faits : une phrase dite, un silence gardé, une promesse rompue, avec telle personne, à tel moment.

Une même action pèse différemment selon chacun. L’un ne se reproche rien d’avoir rompu un engagement, l’autre en porte le poids pendant des années ; l’un a menti sans y penser, l’autre ne s’en remet pas. Le processus ne tranche pas entre eux et n’impose aucune morale. Il demande seulement à chacun de dire ce que lui-même estime avoir mal fait, et cette fidélité à son propre jugement suffit à défaire ce que des années d’excuses avaient noué.

Les premiers chrétiens connaissaient une parole qui libère : « Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris », écrit Jacques (5, 16). La confession y est mutuelle, et elle vise la guérison. Au IVe siècle, dans les déserts d’Égypte, les moines ouvraient leurs pensées à un ancien. Aucune peine n’était attachée à cet aveu : une pensée mise en lumière perdait sa force.

La pénitence publique de l’Église ancienne, elle, était lourde, et à partir du VIe siècle la confession s’est chargée de tarifs, une peine fixée pour chaque faute.

Le Karma Clearing retrouve le geste des origines. On communique ce qu’on a fait, ce qu’on a retenu, à un partenaire qui écoute en silence et reçoit, sans juger. Aucune contrepartie n’est demandée. Voir, puis communiquer ce qu’on a vu, suffit.

Je conduis une journée entière consacrée à ce processus, en ligne, avec des dyades de Karma Clearing tout au long de la journée : la Journée Karma Clearing, culpabilité et ressentiment.

Responsabilité, culpabilité et pardon

Reprendre sa part ne veut pas dire s’accuser de tout. La culpabilité regarde en arrière et paralyse ; la responsabilité regarde ce qui est, et rend la capacité d’agir. J’ai développé cette distinction dans un article sur la culpabilité toxique.

La différence se sent dans le corps. La culpabilité serre, alourdit, pousse à se cacher ou à se justifier, et tourne en boucle autour de ce qui a été fait. La responsabilité redresse : elle reconnaît le fait, en mesure l’effet sur l’autre, et se demande ce qui peut être réparé, dit ou changé. On porte sa responsabilité debout ; la culpabilité fait plier.

Quand la vraie faute est dite, simplement, à quelqu’un qui écoute sans juger, la carapace s’ouvre, au moins en partie. On n’a plus à cacher, et on n’a plus besoin que l’autre soit mauvais. Le mépris retombe de lui-même. Ce moment se reconnaît : la personne venue parler de ce qu’on lui a fait finit par dire ce qu’elle a fait, et son visage change.

Le pardon prolonge alors souvent ce mouvement, de lui-même. Il ne se décide pas à la force de la volonté : il arrive quand le cycle s’est défait, quand la culpabilité a été dite et que le ressentiment n’a plus de quoi se nourrir. Il est l’aboutissement du travail, rarement son point de départ.

Pardonner à l’autre laisse intacte la vérité de ce qu’il a fait. On cesse seulement de lui demander de porter ce qui nous revient. Tant qu’on lui en veut, on reste attaché à lui : il occupe nos pensées, il décide de notre humeur, il garde un pouvoir qu’on lui a soi-même donné.

Se pardonner est souvent plus difficile. On ne peut se pardonner qu’une faute qu’on a d’abord reconnue selon sa propre estimation, sans la gonfler pour se punir ni la réduire pour se rassurer. Tant qu’elle est déniée, il n’y a rien à pardonner, seulement un autre à accuser. Et pardonner à l’autre devient possible quand on n’a plus besoin de lui pour porter sa propre faute : les deux pardons vont ensemble.

Pardonner à l’autre ne demande pas toujours de lui parler. Le pardon se joue d’abord à l’intérieur : il est fait quand l’autre cesse d’occuper la place du coupable dans le récit qu’on se raconte. La réconciliation demande deux personnes, et elle n’est pas toujours possible, ni souhaitable. On peut pardonner sans renouer, et poser des limites sans lui en vouloir.

Il arrive aussi qu’on croie avoir pardonné trop tôt. Un pardon décrété par principe, avant que la colère et la culpabilité aient été traversées, recouvre la blessure sans la défaire, et le ressentiment revient à la première occasion. Le pardon qui tient arrive tard, et simplement : un jour, en repensant à la personne, on constate que la charge est partie.

Renoncer à avoir raison

La posture de victime a une beauté triste : elle donne raison. On a été blessé, on n’y est pour rien, l’autre est injuste. Il faut un certain courage pour renoncer à avoir raison contre quelqu’un, surtout quand une partie de ce qu’on lui reproche est vraie.

Avoir raison contre quelqu’un a un goût particulier. On y gagne une place solide dans le récit, et l’on y perd la relation. Dans un couple, une famille, une équipe, bien des liens se sont défaits sur une raison qu’aucun des deux ne voulait lâcher. La raison obtenue reste, intacte et froide, quand la personne est partie.

Je ne propose pas de lui donner raison à lui pour se donner tort à soi. L’autre exagère peut-être, il généralise, il méprise. La question porte sur ce que vous faites de votre part, celle que personne ne peut regarder à votre place.

Renoncer à avoir raison oblige seulement à regarder. On peut garder son point de vue et reconnaître que l’autre en a un, qui contient sa part de vrai, comme je l’ai découvert avec la personne dont je parle au début de ce texte. Cette double reconnaissance ouvre un espace où deux vérités peuvent coexister, et où le pardon devient possible.

Revenez à la personne à laquelle vous avez pensé en commençant ce texte. La question inverse est toujours là : qu’avez-vous fait, dans cette situation, que vous pensez que vous n’auriez pas dû faire ? Une seule réponse vraie suffit pour que la spirale commence à se desserrer.

Pour moi, le pardon a commencé là, par une faute que j’ai accepté de reconnaître comme mienne.

Élargir le regard sur l’état de victime

Se sentir victime de la vie

La posture de victime ne vise pas toujours quelqu’un. On peut se sentir victime de la vie en général, sans qu’une personne en particulier porte la faute. Le sentiment est diffus, et il colore toute l’existence.

Il prend souvent la forme d’une résignation fataliste, ou d’un pessimisme cynique. « C’est la vie. » « J’accepte les choses comme elles sont. » L’apparence est celle de la sagesse, presque du lâcher-prise.

Derrière, pourtant, il y a bien de la culpabilité et du ressentiment : envers la vie, envers Dieu, envers ses parents, envers ce qui aurait dû être donné et ne l’a pas été. L’acceptation affichée recouvre une plainte qui n’a jamais été dite. Elle reste une attitude figée de victime, plus discrète que l’autre, et plus tenace.

Elle peut même devenir un trait de personnalité. L’ennéagramme en décrit une figure avec le type 4, que Helen Palmer appelle « le romantique tragique » : le sentiment qu’il manque quelque chose depuis l’origine, la conviction que le bonheur a été donné aux autres, une mélancolie qui finit par tenir lieu d’identité. La posture de victime s’y est installée comme une manière d’être.

On y trouve des communications inachevées du passé, dont on n’a pas pris la responsabilité. Ce qui n’a pas été dit à un père, à une mère, à la vie elle-même, continue d’agir en sourdine.

Les approches du trauma font une distinction qui éclaire les deux postures. Se sentir victime de quelqu’un ressemble au trauma ponctuel, le trauma de choc, lié à un événement daté. La posture de victime existentielle en est l’équivalent pour le trauma de développement, ou d’attachement : aucun événement précis, un manque qui a duré, et tout le rapport à l’existence qui s’est organisé autour.

Une société qui valorise la victime

Ce mouvement intime se rejoue à l’échelle d’une société. Et une foule peut l’accomplir à l’envers : charger un autre de sa faute, et s’en sentir libérée.

Notre époque valorise beaucoup la victime. Le statut protège, il donne une voix, il attire la sympathie. Il permet surtout de mettre le mal à l’extérieur de soi, et de ne pas avoir à prendre sa responsabilité. Une culture entière peut s’organiser autour de ce déplacement, et chacun y trouve un bénéfice à court terme.

Les véritables écoles de sagesse disent toutes l’inverse : regardez à l’intérieur, travaillez sur vous, ne vous occupez pas de juger l’autre. Le Christ l’a formulé sans détour :

« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Matthieu 7, 3)

La consigne paraît modeste : que chacun s’occupe de soi. Elle renverse pourtant toute la posture de victime, qui consiste à s’occuper de l’autre, de ce qu’il a fait, de ce qu’il devrait changer.

Cette valorisation se voit partout. Dans les conversations, celui qui souffre le plus semble avoir le plus raison, et la plainte devient une manière d’occuper la place. Sur les réseaux, l’indignation circule plus vite que toute autre émotion, et chacun y trouve un bourreau du jour à désigner. Dans les familles, les rôles se figent : il y a celui qui a toujours été blessé, et ceux qui lui doivent réparation.

Le bénéfice est réel, et il faut le reconnaître pour pouvoir s’en défaire. Être la victime donne une identité, une histoire, une forme de pureté : on n’y est pour rien, on n’a rien à se reprocher. Cette pureté a pourtant un prix, puisqu’elle suppose de ne jamais regarder sa propre part. Une culture qui encourage cette posture prive chacun de son pouvoir de transformer sa vie.

Le bouddhisme le dit à sa manière, dans une formule que la tradition invite à se répéter chaque jour : « Je suis le propriétaire de mes actes, l’héritier de mes actes. » Rien, dans cette phrase, ne désigne un coupable au-dehors. Elle remet entre nos mains la seule chose sur laquelle nous ayons prise.

René Girard : le soulagement des persécuteurs

L’anthropologue René Girard a éclairé cette valorisation de la victime dans Je vois Satan tomber comme l’éclair (1999). Il y compare les mythes fondateurs au récit de la Passion.

Dans les mythes, une communauté en crise désigne une victime, la tient pour coupable et l’élimine ; le récit est écrit du côté des persécuteurs, et la victime n’a pas de voix.

Les Évangiles racontent la même scène depuis l’autre bord : la victime est innocente, et la foule se trompe. De ce renversement vient, selon lui, notre « souci moderne des victimes », dont on ne trouve l’équivalent dans aucune civilisation antérieure.

Girard va plus loin que le constat d’une foule qui se trompe. Il montre ce qu’elle y gagne : en chargeant la victime, elle se soulage. « Si les persécuteurs appréhendaient la vérité, à savoir l’innocence de leur victime, ils ne pourraient plus se soulager de leur violence à ses dépens. » Le mécanisme, ajoute-t-il, « ne fonctionne qu’en vertu de l’ignorance de ceux qui le font fonctionner ».

Les persécuteurs vivent ainsi une sorte de Karma Clearing à l’envers (le processus décrit plus haut) : ils se déchargent d’une culpabilité qu’ils n’ont pas regardée, et ils se sentent libérés. La victime morte ne peut plus leur renvoyer l’accusation, ni leur montrer leur aveuglement. « Rien de plus sincère que leur haine », écrit Girard. La paix revient, et elle repose sur un mensonge.

La victime qui consent

Avec la Passion, deux choses changent. D’abord, le Christ décrit objectivement le coup reçu, sans rien céder à l’accusation : « Si j’ai mal parlé, fais voir ce que j’ai dit de mal ; et si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jean 18, 23). Il nomme ce qui s’est passé, sans en faire une identité.

Ensuite, il prend volontairement sur lui toute la charge. Girard parle d’un Dieu qui « assume volontairement le rôle de la victime unique et rend possible pour la première fois la révélation plénière d’un mécanisme victimaire ». Plus personne n’a besoin de se défausser sur un autre : la faute cesse de passer de main en main.

L’Évangile de Jean le dit en une phrase : « Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même » (Jean 10, 18). Celui qu’on croit dépouillé de sa vie la donne.

La responsabilité, si malmenée dans le jeu de la victime, le Christ l’assume au-delà du raisonnable. Elle revient alors vers chacun, comme une question : et toi, que fais-tu de la tienne ? Le Karma Clearing répond à cette question. Il invite à reprendre une responsabilité déniée depuis le premier récit de la Bible, où l’homme accuse la femme, et la femme le serpent (Genèse 3, 12-13).

Quand l’accusateur emprunte le langage des victimes

Le problème, ensuite, se déplace. On veut la peau de celui qui a tué la victime, et tout le monde la défend de concert, avec l’aveuglement initial : personne ne regarde sa propre part.

Girard en montre le revers : « Le souci des victimes est devenu un enjeu paradoxal des rivalités mimétiques, des surenchères concurrentielles. » Chacun rappelle à l’autre ses devoirs, si bien que, écrit-il, « tout le monde se jette des victimes à la tête ».

Il rappelle aussi que le nom de Satan désigne d’abord l’accusateur, celui qui, devant un tribunal, doit prouver la culpabilité. Dans notre monde, constate-t-il, cet accusateur « emprunte le langage des victimes ».

À ce point, la posture de victime cesse d’être une affaire privée. Quand le statut donne tous les droits, la moindre blessure réclame un bourreau, et la violence qu’on voulait dénoncer se transmet : la victime devient à son tour celle qui accuse sans écouter.

Le vocabulaire le montre. On parle des « victimes » avant tout jugement, là où le droit parle de plaignants, et la sentence est rendue dans les mots avant de l’être par un tribunal.

J’ai retrouvé cette mécanique en écrivant sur Anatomie d’une chute, autour d’une phrase du film :

« Quand il nous manque un élément pour juger, et que ce manque est insupportable, on n’a plus qu’à décider. »

Le statut de victime fournit une décision toute prête, avant que les faits soient connus.

Le niveau d’après

Tout ce qui précède se joue encore à l’intérieur d’un cadre : il y a moi, il y a l’autre, une faute, une part à reprendre. À un moment du chemin, ce cadre lui-même se met à bouger.

Vers une responsabilité absolue

On objectera qu’il existe des victimes réelles, comme une personne qui subit des violences, une emprise, un abus.

Un fait, sans commentaire, est une description de ce qui s’est passé, sans évaluation : il y a eu un choc, il y a de la douleur, il y a de la souffrance. « Victime » est déjà un commentaire. Si une tuile arrachée par la tempête me blesse, vais-je me raconter l’histoire d’une méchante tuile et de sa victime ? Il y a eu un choc, et une blessure. Quand on cherche ensuite des coupables ou des motivations, on entre dans l’imaginaire.

Dans l’expérience directe de la réalité, la distinction entre victime réelle et posture de victime se dissout elle-même. Ce qui arrive dans le monde apparaît alors comme une réalité co-créée, et chaque participant qui la vit en est responsable à cent pour cent : il choisit de vivre dans cette illusion-là.

Le mot responsabilité vient du latin respondere, répondre. Être responsable à cent pour cent, c’est reconnaître que chaque situation m’appelle, et que la réponse m’appartient entièrement. La culpabilité cherche qui a commencé ; la responsabilité regarde ce que la situation me montre, et ce que j’en fais. Elle me rend ma place de créateur, sans m’accuser de rien.

Vue depuis cette perception, une situation douloureuse change de statut. Elle devient une vérité à reconnaître, là où l’on voyait une injustice à réparer : ce que je vis me montre une part de moi que je n’avais pas encore regardée. Le conflit, la perte, l’humiliation même deviennent des portes.

Cela ne les rend pas agréables, et cela ne dispense pas d’agir dans le monde, de se protéger, de poser des limites. On agit alors depuis la vérité, en laissant la plainte de côté.

Cette perception ne donne aucun droit sur l’autre. Je n’ai même pas à lui dire : « Tu n’es pas une victime. » Chacun travaille avec son propre état mental.

Lorsque les catégories mentales se dissolvent

Mais nous pouvons aller plus loin. La culpabilité et le ressentiment, la responsabilité et la décision sont des points de vue. Comme tous les jeux du mental, ils relèvent de l’impermanence et n’ont aucune existence intrinsèque. À un certain niveau de clarté, il n’y a plus de différence entre moi et un autre : « moi » et « l’autre » sont des catégories mentales, des découpes de la Vérité diffractée par le mental.

Le mental fonctionne toujours par polarité. Il ne connaît le coupable que par l’innocent, la victime que par le bourreau. Vue sous cet angle, prendre sa responsabilité revient à prendre la polarité opposée à « je ne suis pas responsable ». Le mouvement est juste, il libère, et il reste un mouvement du mental.

Vient ensuite un endroit où les deux pôles se dissolvent ensemble. Il n’y a plus « je suis coupable », il n’y a plus « je suis innocent ».

La liberté de point de vue

Une agilité de l’esprit se développe alors. Je suis coupable, je suis innocent ; je suis responsable, je ne suis pas responsable : les polarités fluctuent, et plus aucune ne me fige. On découvre que le point de vue est libre de la situation. Une même scène peut se regarder depuis une perspective, puis depuis une autre, et aucune ne la contient tout entière.

C’est ainsi que j’entends la phrase du Christ : « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8, 32). La liberté dont il parle est une liberté de point de vue. Je ne suis plus enfermé dans une perspective.

Le mental, lui, est fait d’attitudes figées devant la vie. Victime, coupable, bourreau, sauveur : les rôles du triangle sont des perspectives, et l’on peut apprendre à circuler entre elles au lieu de s’installer dans l’une. Jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que la vérité est toutes ces perspectives à la fois, ou aucune d’elles.

Un individu libre du mental ne s’attache plus à aucun de ses points de vue. Il peut les considérer avec curiosité, avec intérêt, avec bienveillance, sans résister à aucun et sans en forcer aucun. Il constate qu’ils sont là, et qu’ils circulent.

Le péché, une erreur de visée

Le mot « péché » a pris avec les siècles le poids d’une faute morale. Le français vient du latin peccatum, dont l’origine reste discutée, mais les textes qu’il traduit parlent d’autre chose. Dans le grec du Nouveau Testament, le péché se dit hamartia, du verbe hamartanein : « manquer la cible ». Le mot vient du tir, de la flèche qui passe à côté.

L’hébreu de la Bible porte la même image. Le livre des Juges décrit des frondeurs qui lançaient une pierre « contre un cheveu, et ne le manquaient pas » (Juges 20, 16), avec le verbe dont dérive le mot péché.

Lu ainsi, le péché devient une erreur de visée, donc une erreur de perspective : une compréhension incomplète de la réalité. Qu’il soit projeté sur l’autre ou que je me sente moi-même en faute, c’est le même regard partiel, qui prend un fragment pour le tout.

C’est à cet endroit que travaille le Karma Clearing : voir, puis communiquer ce qu’on a vu, et la visée se corrige d’elle-même.

Se rendre à ce qui est

Le pardon prend ici un autre sens. Pardonner, c’est aussi se rendre, au sens d’une reddition. Tant que je ne pardonne pas, je tiens mon point de vue : j’ai raison, et l’autre a tort.

Le pardon arrive quand cette prise se relâche, quand les attitudes figées se détachent d’elles-mêmes. C’est le mouvement de « renoncer à avoir raison », mené jusqu’à son terme.

Je ne peux le dire qu’à la première personne. Tout ce qui arrive dans le monde, ce que je suis essentiellement y consent absolument : ce que je suis au-delà de mon corps, de ma personnalité, de mon histoire. L’ego, bien entendu, n’y consent jamais : il n’existe précisément qu’en s’opposant à ce qui est.

Cette perception, aussi certaine que lumineuse, se révèle d’elle-même, avec évidence, quand toutes les protections ont été lâchées. Elle se découvre ; elle ne se prononce pas sur la souffrance d’un autre.

Même celui qui est enfermé dans sa spirale, même celui qu’on dirait possédé par le diable, agit au service de la vérité, puisqu’il permet à d’autres de trouver la leur.

C’est le sens de la phrase du Christ citée plus haut : « Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même. » Tout se fait depuis un accord absolu, quand on voit depuis ce niveau de clarté.

À l’horizon, les choses se font. Il n’y a rien à faire, et rien à décider. Nisargadatta Maharaj le disait simplement :

« Ne faites rien. Soyez, tout simplement. Dans l’existence, tout arrive naturellement. »

Toute décision volontaire est une prise de pouvoir d’une partie du mental sur les autres. Et tant que quelqu’un décide, quelqu’un pourra se tenir pour coupable d’avoir mal décidé : la décision prépare la culpabilité qui suivra.

Un être libre de la décision constate que la vie se fait. Il n’est plus attaché à un individu qui dirigerait son existence. Il n’y a plus de conflit avec ce qui advient à chaque instant.

S’il n’y a aucun commentaire sur ce qui est, il n’y a aucune résistance. Ce qui est, sans commentaire, est perfection. La réalité est l’autre nom de la perfection, lorsqu’aucun commentaire ne vient l’évaluer.

Le désir ordinaire voudrait que la réalité prenne la forme de ce qu’il veut. Ici, le mouvement s’inverse : on s’ouvre, et l’on découvre que la réalité peut être désirée exactement telle qu’elle est. Désirer ce qui est, voilà l’expression ultime de la liberté.

À ce niveau, les mouvements du désir et de l’amour se résolvent l’un dans l’autre.

Aimer, c’est être pleinement avec ce qui est, sans commentaire.

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Un accompagnement en Clarification pour se libérer de la posture de victime

On ne sort pas seul d’une posture qu’on a construite pour ne pas voir. Il faut quelqu’un en face, qui écoute sans juger et qui tient la question pendant que les vraies réponses remontent.

Je propose des séances centrées sur la relation : on part d’une personne à qui vous en voulez, d’une scène précise, et l’on cherche ce qui a été fait, ce qui a été dit, et ce qui s’est fermé entre les deux. Quand la part qui vous revient peut être dite, le ressentiment change de nature.

Je propose des séances individuelles, essentiellement en visio, avec la possibilité de séances ponctuelles en présentiel à Paris et à Montpellier. → Prendre rendez-vous


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